Les relations entre le Bénin et le Niger traversent, depuis plusieurs mois, une zone de fortes turbulences diplomatiques. Déclarations publiques tendues, fermeture des frontières et suspension de certains axes de coopération ont alimenté un climat de méfiance entre les deux pays. Pourtant, un récent épisode logistique et sécuritaire vient rappeler avec force que, au-delà des discours, les réalités du terrain imposent souvent des choix pragmatiques.
En effet, les autorités nigériennes ont sollicité l’appui de l’armée béninoise pour sécuriser le transit de matériel militaire en provenance de Lomé jusqu’à Sègbana, sur le territoire béninois. Une démarche qui contraste avec les prises de position publiques parfois très critiques exprimées à Niamey à l’égard de Cotonou.
La sécurité comme critère déterminant
Ce choix opérationnel traduit une reconnaissance implicite : le corridor béninois demeure l’un des plus sûrs de la sous-région pour le transport de matériels sensibles. Dans un contexte sahélien marqué par l’instabilité et la persistance des menaces sécuritaires, la fiabilité des infrastructures et des forces de défense devient un facteur déterminant, au-delà des considérations politiques.
Le Bénin, acteur de responsabilité régionale
Malgré les tensions diplomatiques, le Bénin a fait le choix de privilégier la responsabilité et la stabilité régionales. L’escorte du convoi s’est déroulée sans communication tapageuse, dans le respect des usages diplomatiques et sécuritaires. Cette posture s’inscrit dans la tradition béninoise de contribution à la paix et à la coopération sous-régionale, en particulier dans un environnement où les défis sécuritaires dépassent largement les frontières nationales.
Une contradiction diplomatique persistante
Cet épisode met cependant en lumière une incohérence difficilement ignorée : comment concilier la fermeture des frontières et le boycott du port de Cotonou avec le recours, dans le même temps, à l’expertise logistique et sécuritaire béninoise ? Cette situation illustre les limites d’une diplomatie de rupture lorsque les impératifs économiques et sécuritaires s’imposent.
Vers un nécessaire retour au dialogue
Au-delà des polémiques, cet événement rappelle une évidence : les États de la sous-région restent interdépendants. Niamey comme Cotonou partagent des défis communs en matière de sécurité, de commerce et de stabilité. La coopération, même discrète, demeure souvent plus efficace que l’isolement.
Dans ce contexte, l’attitude mesurée du Bénin apparaît comme un signal d’ouverture et de maturité diplomatique. Elle pourrait constituer un point d’appui pour un réengagement progressif du dialogue, dans l’intérêt des populations et de la sécurité collective de l’Afrique de l’Ouest.





