Éducation des filles : un choix historique pour préparer l’avenir du Bénin
Rodrigue Mahunan ATTIOGBE, Expert des questions d’éducation et d’orientation des apprenants vers les carrières scientifiques et technologiques, Ingénieur au Ministère de la Transformation Digitale et de l’Innovation
« L’école est le creuset où s’élabore l’avenir d’une génération », disait Henry Rolland de Villarceaux. Cette pensée prend tout son sens au regard de la décision annoncée par le Président de la République, S.E.M. Romuald WADAGNI, de rendre gratuite l’éducation primaire et secondaire pour toutes les filles du Bénin.
S’il est un acte fort que la Nation béninoise doit saluer au terme des 100 premiers jours de cette gouvernance, c’est bien celui-là. Il ne s’agit pas simplement d’une mesure sociale. C’est un choix stratégique en faveur de l’avenir du pays, parce que l’éducation demeure l’un des leviers les plus puissants de transformation des sociétés.
L’éducation contribue profondément à l’émancipation de la jeune fille et à son autonomisation. Comme le soulignait Kofi Annan, « l’émancipation de la jeune fille, femme de demain, est un puissant levier de développement ». En facilitant davantage l’accès des filles à l’école et leur maintien dans le système éducatif, le Bénin investit donc dans ses futures femmes leaders, entrepreneures, scientifiques, ingénieures, enseignantes, médecins, décideuses et citoyennes engagées.
Cette décision traduit également une compréhension juste des réalités de notre pays. Dans une société où les femmes représentent une part importante de la population et jouent déjà un rôle déterminant dans la vie économique, sociale et familiale, imaginer le développement du Bénin sans leur pleine participation serait une erreur stratégique.
Ouvrir davantage aux filles les portes de l’école, c’est donc ouvrir au pays les portes d’un potentiel immense. C’est faire le choix de ne laisser aucune partie de notre capital humain à l’écart de la construction nationale. Une gouvernance qui donne toute sa place aux femmes ne fait pas seulement œuvre de justice sociale : elle mobilise une force essentielle pour accélérer le développement du pays.
À ce titre, bravo au Chef de l’État pour cette décision forte et porteuse d’avenir.
Mais au-delà de l’accès à l’école, un autre chantier me paraît aujourd’hui particulièrement stratégique : accroître l’intérêt des apprenants béninois pour les STIM — Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques.
Le Bénin doit désormais aller plus loin. Il ne suffit pas de permettre à nos enfants d’aller à l’école ; nous devons aussi leur donner le goût de comprendre, d’innover, de créer et de résoudre les problèmes de notre société par la science et la technologie.
C’est en développant très tôt la curiosité scientifique, en renforçant l’enseignement pratique, en valorisant les métiers scientifiques et technologiques et en rapprochant davantage les jeunes des laboratoires, des entreprises, des ingénieurs et des innovations que nous pourrons constituer progressivement un véritable vivier de compétences scientifiques et techniques nationales.
L’enjeu est majeur : notre souveraineté future dépendra aussi de notre capacité à maîtriser les technologies dont nous avons besoin, à produire nos propres solutions et à disposer de femmes et d’hommes capables de porter la transformation technologique du Bénin.
L’école doit donc être bien plus qu’un lieu de transmission des connaissances : elle doit devenir le premier laboratoire où se construit la souveraineté scientifique, technologique et industrielle de notre Nation.
La gratuité de l’éducation des filles peut constituer une étape historique. L’étape suivante doit être de faire de chaque fille et de chaque garçon béninois un potentiel acteur de la science, de l’innovation et de la transformation technologique de notre pays.






