Une analyse franche de la star ivoirienne lors de son passage à Cotonou
De passage dans la capitale économique béninoise pour un événement culturel, l’icône du coupé-décalé Serge Beynaud n’a pas mâché ses mots concernant l’industrie musicale locale. Ses observations, bien que critiques, ouvrent un débat constructif sur l’avenir de la musique béninoise.
Un diagnostic sans détour
Samedi 23 août 2025, la plage de Fidjrossè à Cotonou vibrait au rythme d’un événement culturel organisé par un opérateur de téléphonie mobile. C’est dans ce cadre festif que Serge Beynaud, figure emblématique de la musique ivoirienne, a accepté de livrer sa vision du paysage musical béninois sur le plateau de Ladji Talk show.
L’artiste, connu pour sa franchise, n’a pas édulcoré son propos : « En toute sincérité, je pense que le showbiz béninois est un peu enclavé, si je puis m’exprimer ainsi. » Cette déclaration, qui pourrait surprendre, s’appuie sur une observation concrète du marché musical africain.
Le défi de la visibilité continentale
Pour étayer son analyse, Serge Beynaud met en avant un constat révélateur : la faible présence des artistes béninois sur la scène internationale. « Les artistes béninois ne sortent pas beaucoup du Bénin. Parce que moi, je ne connaissais pas beaucoup d’artistes béninois », confie-t-il avec honnêteté.
Cette méconnaissance de la part d’une star africaine reconnue illustre parfaitement le défi auquel font face les musiciens béninois : comment transcender les frontières nationales pour toucher un public plus large ? L’interprète de « C’est dosé » reconnaît pourtant avoir découvert lors de ses séjours au Bénin « beaucoup de talents » dont le potentiel reste inexploité à l’échelle continentale.
Vers une modernisation de la musique traditionnelle
Loin de se contenter d’un diagnostic, Serge Beynaud propose des pistes d’amélioration. Sa recommandation principale porte sur la modernisation de la riche musique traditionnelle béninoise. Selon lui, cette dernière devrait être « urbanisée de sorte à ce qu’un Ivoirien, un Congolais, ou n’importe quel Africain, quand il écoute, ça le mette dans un mood ».
Cette approche n’est pas une négation des racines culturelles, mais plutôt une stratégie d’universalisation. L’artiste prend l’exemple de la musique congolaise, qui, tout en conservant son identité, parvient à émouvoir des auditeurs de toute l’Afrique et au-delà. « C’est vrai que c’est congolais, mais que tu sois Béninois, Nigérien, ou peu importe d’où tu viens, tu ressens quand même un petit truc quand tu écoutes la musique congolaise », explique-t-il.
L’Adjapiano, une lueur d’espoir
Malgré ses critiques constructives, Serge Beynaud se montre optimiste quant à l’avenir du showbiz béninois. Il salue notamment l’émergence de l’Adjapiano, ce nouveau courant musical créé par les producteurs X-Time, Ghix et Rauny Beatz. Cette fusion innovante entre rythmes traditionnels béninois et amapiano sud-africain représente selon lui une voie prometteuse.
L’Adjapiano incarne parfaitement la philosophie prônée par l’artiste ivoirien : préserver l’authenticité culturelle tout en adoptant des codes musicaux susceptibles de séduire un public panafricain. Cette nouvelle vibe musicale pourrait bien être le catalyseur dont avait besoin l’industrie musicale béninoise pour sortir de son « enclavement ».
Un message d’encouragement déguisé
Au-delà de la critique, les propos de Serge Beynaud témoignent d’un réel intérêt pour le développement de la scène musicale béninoise. Ses échanges avec les artistes locaux, auxquels il a prodigué des conseils sur « la façon de travailler leur musique », révèlent une démarche de mentorat sincère.
Son message est clair : le Bénin possède les talents nécessaires pour rayonner musicalement. Il ne manque que les bonnes stratégies pour transformer ce potentiel en succès continental. Dans un monde où la musique africaine gagne en reconnaissance internationale, les artistes béninois ont toutes les cartes en main pour rejoindre leurs homologues ivoiriens, nigérians ou sénégalais sur le devant de la scène.
Perspectives d’avenir
Les observations de Serge Beynaud ouvrent plusieurs pistes de réflexion pour l’écosystème musical béninois. La collaboration entre artistes de différents pays africains, l’adaptation des sonorités traditionnelles aux goûts contemporains, et surtout, la nécessité de penser global dès la création, constituent autant de défis à relever.
L’industrie musicale béninoise se trouve à un tournant. Entre préservation de son patrimoine culturel et ambitions internationales, elle doit tracer sa voie. Les mots de Serge Beynaud, loin d’être une condamnation, constituent plutôt un encouragement à saisir les opportunités qui s’offrent à une scène musicale riche en potentiel mais encore sous-exploitée.