Une rencontre qui fait polémique
La rencontre du 20 août 2025 entre la Commission électorale nationale autonome (CENA) et les députés de la 9e législature sur la question du parrainage des candidats à la présidentielle de 2026 a soulevé un débat inattendu sur le fonctionnement des institutions béninoises. Au cœur de la controverse : la question de savoir si un député peut s’auto-parrainer pour être candidat à l’élection présidentielle.
Deux visions opposées du fonctionnement institutionnel
La critique d’Eugène Azatassou
Pour Eugène Azatassou, vice-président du parti « Les Démocrates » et coordonnateur du cadre de concertation des partis de l’opposition, cette situation illustre une défaillance majeure du système. Son argument est simple mais percutant : comment des députés peuvent-ils avoir besoin que la CENA leur explique le contenu d’une loi qu’ils ont eux-mêmes votée ?
« C’est la Commission électorale nationale autonome qui a éclairé les députés sur le contenu et l’esprit de la loi », déplore-t-il, y voyant un signe inquiétant que les parlementaires se contentent de voter des textes sans en maîtriser pleinement les implications. Cette situation suggère, selon lui, une « mainmise sur les institutions de la République » où les députés ne seraient plus les véritables concepteurs des lois.
La défense d’Épiphane Quenum
À l’opposé, Épiphane Quenum, ancien député et membre du bureau politique de l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R), défend une vision plus nuancée. Il rappelle que même si les parlementaires rédigent les lois, l’interprétation juridique peut parfois échapper à leurs intentions initiales. « Une virgule que vous avez placée, à laquelle vous avez donné un sens, ils donneront un autre sens », explique-t-il, faisant référence au travail d’interprétation des magistrats.
Plus important encore, il souligne que le Parlement ne peut pas s’autosaisir pour interpréter ses propres lois une fois qu’elles sont adoptées. Cette séparation des rôles, loin d’être une faiblesse, constitue selon lui un principe fondamental : « On ne peut pas être juge et partie ».
Le système de parrainage : rappel des règles
Introduit lors de la réforme du système partisan et appliqué depuis la présidentielle de 2021, le parrainage constitue une condition obligatoire pour tout duo candidat à la magistrature suprême au Bénin. Le système impose des règles strictes :
- Chaque élu reçoit un formulaire nominatif non cessible
- Un seuil minimal de 28 parrains est requis
- Ces parrains doivent provenir d’au moins 15 circonscriptions électorales différentes
La CENA a finalement tranché la question controversée en confirmant qu’un député ou un maire candidat peut effectivement s’auto-parrainer, puisqu’il a le droit de voter pour lui-même.
Un débat révélateur d’enjeux plus profonds
Au-delà de la question technique du parrainage, ce débat soulève des interrogations fondamentales sur la qualité de la démocratie béninoise. D’un côté, la critique d’Azatassou pointe du doigt un possible déficit de compétence ou d’autonomie des députés dans l’élaboration législative. De l’autre, la réponse de Quenum rappelle l’importance de respecter la séparation des pouvoirs et les procédures institutionnelles.
Cette polémique intervient dans un contexte où le système de parrainage lui-même fait déjà l’objet de critiques, certains y voyant un mécanisme restrictif limitant l’accès à la candidature présidentielle. Le débat sur l’auto-parrainage ne fait qu’ajouter une couche de complexité à un dispositif déjà contesté.
Vers une clarification nécessaire
La controverse met en évidence la nécessité d’une meilleure communication entre les différentes institutions de la République. Si les règles du jeu démocratique doivent être claires pour tous les acteurs, il appartient également à chaque institution de jouer pleinement son rôle dans le respect de ses prérogatives.
L’approche de la présidentielle de 2026 rendra probablement ce débat encore plus aigu, car les enjeux du parrainage dépassent largement les questions techniques pour toucher aux fondements même de la participation démocratique au Bénin.