En réaction à la demande de vote de confiance de François Bayrou, le chef du parti La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon a annoncé qu’il fera d’une pierre deux coups en poussant le gouvernement à la démission et en provoquant la destitution du Président Emmanuel Macron.
Mardi 26 août 2025, Jean-Luc Mélenchon était l’invité du « Grand entretien » sur France Inter. À l’antenne, le fondateur de La France insoumise (LFI) a affirmé vouloir déposer une nouvelle procédure de destitution contre le président Emmanuel Macron, estimant que « le chaos, c’est Macron » et appelant à son départ si le Premier ministre François Bayrou échoue à obtenir la confiance de l’Assemblée nationale le 8 septembre.
« On ne peut pas négocier avec ce pouvoir et il faut empêcher Monsieur Macron de nommer pour la troisième fois un Premier ministre qui ferait la même politique. Voilà pourquoi il faut le destituer. Le chaos, c’est Macron », a-t-il déclaré. D’après lui, ce sera le chemin le plus court pour débarrasser la France du régime actuel.
Cette sortie intervient au lendemain de la décision de François Bayrou de demander un vote de confiance. Mélenchon en fait un marqueur. Pour lui, si le gouvernement est désavoué, le chef de l’État doit également être destitué. Selon les observateurs politiques, cette procédure de LFI s’inscrit dans une stratégie plus large de mise en cause du pouvoir présidentiel après les recompositions politiques de 2024–2025.
Un calendrier précis pour l’offensive
Le leader de La France Insoumise a précisé son calendrier d’action. La procédure de destitution sera lancée le 23 septembre, soit deux semaines après le vote de confiance prévu pour François Bayrou. Cette temporalité semble calculée pour exploiter un éventuel échec du Premier ministre devant l’Assemblée nationale.
Parallèlement, Mélenchon souhaite maintenir le mouvement « Bloquons tout » prévu le 10 septembre, même en cas de chute du gouvernement Bayrou. Cette mobilisation s’inscrit dans une logique de contestation globale du pouvoir en place, visant à créer une pression maximale sur l’exécutif.
Les réactions de l’opposition
Cette annonce de Mélenchon n’a pas tardé à susciter des réactions dans le paysage politique français. Du Rassemblement National à l’UDR, les partis d’opposition observent avec attention cette nouvelle escalade, chacun devant déterminer sa position face à cette stratégie de confrontation institutionnelle.
La décision de François Bayrou de convoquer le Parlement en session extraordinaire pour un vote de confiance le 8 septembre avait déjà créé des tensions. L’annonce de Mélenchon ajoute une dimension supplémentaire à cette crise politique, en liant explicitement le sort du gouvernement à celui du chef de l’État.
Un rêve difficile à réaliser
Ce n’est pas la première fois que le leader des Insoumis agite la menace de la destitution contre Emmanuel Macron. En 2024, LFI avait déjà menacé puis tenté d’activer l’article 68 de la constitution française après le refus par Emmanuel Macron de nommer Lucie Castets à Matignon. Une procédure qui n’avait pas prospéré et avait été rejetée par la commission des lois de l’Assemblée nationale le 2 octobre 2024.
Selon l’article 68 de la Constitution qui encadre la destitution du Chef de l’Etat en France, « Le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat ». La procédure débute par une proposition adoptée à la majorité des deux tiers dans l’une des deux assemblées (Assemblée nationale ou Sénat), puis transmise à l’autre qui se prononce dans les quinze jours.
Ce n’est que si les deux chambres l’approuvent que le Parlement réuni en Haute Cour statue, à nouveau aux deux tiers, sur la destitution. En l’état actuel des rapports de force, réunir deux majorités qualifiées aux deux tiers dans chaque chambre puis en Haute Cour apparaît hautement improbable pour LFI, comme ce fut le cas en 2024.
Les enjeux institutionnels
Au-delà de l’aspect tactique, cette nouvelle offensive de Mélenchon soulève des questions importantes sur l’équilibre institutionnel français. Le leader de LFI estime que l’absence de majorité parlementaire légitime une remise en cause institutionnelle profonde, allant jusqu’à remettre en question la légitimité du président élu.
Cette logique transforme chaque crise gouvernementale en crise présidentielle potentielle, ce qui interroge sur la stabilité du système politique français dans un contexte de forte polarisation et d’Assemblée nationale éclatée.
L’issue du vote de confiance du 8 septembre déterminera si cette nouvelle tentative de destitution reste une menace théorique ou devient un enjeu concret de la vie politique française. Quoi qu’il en soit, elle illustre la profondeur de la crise institutionnelle que traverse actuellement la France.