Quinze années après la disparition mystérieuse de Pierre Urbain Dangnivo, le tribunal de première instance de Cotonou rouvre ce 26 août le procès de cette affaire qui a marqué la société béninoise. Codjo Cossi Alofa et Donatien Amoussou, accusés d’enlèvement et d’assassinat, comparaîtront à nouveau dans un dossier devenu emblématique des dysfonctionnements du système judiciaire béninois.
Un cadre du ministère des Finances volatilisé
Le 17 août 2010, Pierre Urbain Dangnivo, cadre au ministère des Finances et membre du Parti social-démocrate alors dans l’opposition, disparaît dans des circonstances troubles. Quarante jours plus tard, un corps est exhumé à Womey, dans la commune d’Abomey-Calavi. Mais cette découverte, loin de clore l’affaire, ne fait que l’envenimer. La famille du disparu, menée par son frère Grégoire Dangnivo, rejette catégoriquement l’authenticité du corps et dénonce « un montage d’État ».
Cette accusation grave transforme immédiatement l’affaire en scandale politique. L’opposition, les syndicats et la famille du disparu pointent du doigt l’État, l’accusant d’avoir éliminé Dangnivo pour avoir révélé plusieurs scandales financiers compromettants. Face aux analyses ADN proposées par les autorités, les proches maintiennent leur refus, alimentant les soupçons.
Des aveux controversés et une évasion rocambolesque
L’enquête mène à l’arrestation de Codjo Alofa, présenté comme un charlatan, et de Donatien Amoussou. Mais le 3 février 2015, à la veille de son procès, Alofa réussit une évasion spectaculaire de sa prison. Sa cavale ne durera qu’un mois : arrêté le 15 mars 2015 à Lomé, il est extradé vers le Bénin.
Le procès reprend en août 2018, marqué par un coup de théâtre majeur. Les deux accusés reviennent sur leurs aveux de 2011, les qualifiant désormais de faux et accusant de hauts responsables de leur avoir promis une importante somme d’argent pour endosser le crime. Ces révélations explosives sont toutefois rejetées par la justice.
Une justice à l’épreuve du temps
L’affaire illustre cruellement les lenteurs judiciaires. En janvier 2020, la Cour constitutionnelle reconnaît que la durée excessive de détention viole le droit à un procès équitable. Pourtant, il faudra attendre mars 2025 pour que le procès reprenne véritablement ses droits.
Ce 26 août 2025, alors que les accusés reviennent à la barre, une question centrale demeure : ce nouveau rendez-vous judiciaire pourra-t-il enfin apporter les réponses attendues par les familles, les avocats et l’opinion publique ? Après quinze années d’attente, l’espoir de vérité et de justice reste entier, mais les zones d’ombre persistent dans cette affaire qui continue de hanter la société béninoise.