L’échec de MOELLE-BÉNIN face au succès de Claudine Prudencio : Jacques Ayadji s’est-il trompé de stratégie ?

Les élections législatives du 11 janvier 2026 au Bénin ont sanctionné durement le Mouvement des Élites Engagées pour l’Émancipation du Bénin (Moele-Bénin), dirigé par Jacques Ayadji, ministre conseiller aux Infrastructures. Avec seulement 1,19% des suffrages exprimés au niveau national, le parti n’a obtenu aucun siège à l’Assemblée nationale. Ce résultat marque un échec retentissant pour une formation politique qui nourrissait pourtant l’ambition de peser dans le paysage politique béninois.

Membre de la mouvance présidentielle et signataire d’un accord parlementaire avec les deux grands partis du pouvoir, l’Union Progressiste le Renouveau (UPR) et le Bloc Républicain (BR), Moele-Bénin espérait bénéficier d’une dynamique favorable. Mais le verdict des urnes a été sans appel : avec 33 199 voix seulement, le parti reste largement en deçà du seuil électoral de 20% requis dans chaque circonscription pour accéder à la répartition des sièges. Même le seuil abaissé de 10% pour les partis en coalition n’a pas été atteint.

L’Exemple de Claudine Prudencio : Une Stratégie Gagnante

Face à ce constat d’échec, l’attitude de Claudine Afiavi Prudencio, ancienne ministre et députée, offre un contraste saisissant. Présidente du parti Renaissance Nationale (RN), elle a fait le choix stratégique de la fusion avec l’UPR , quelques semaines seulement avant les élections. Cette décision, prise lors d’un congrès extraordinaire a permis à tous les militants du RN d’intégrer automatiquement l’UPR.

Le résultat ne s’est pas fait attendre : Claudine Prudencio figure aujourd’hui parmi les 109 députés élus à l’Assemblée nationale. Elle a été positionnée sur les listes de l’UPR, parti qui a remporté 60 sièges avec 41,21% des voix. En acceptant de dissoudre son parti dans une structure plus grande, elle a préservé son avenir politique et celui de ses militants, garantissant leur représentation au Parlement pour les sept prochaines années.

Un choix stratégique qui fait débat

Jacques Ayadji se retrouve aujourd’hui face à une équation complexe. À la tête d’un parti sans aucun élu, ni député ni conseiller municipal, il devra gérer une formation politique pendant sept longues années (la durée du nouveau mandat parlementaire allongé par la révision constitutionnelle de novembre 2025) sans aucune représentation institutionnelle. Cette situation soulève plusieurs interrogations majeures :

Sur le plan politique : Comment maintenir la cohésion d’un parti et la motivation des militants sans aucune victoire électorale à célébrer ? Comment rester visible dans le débat public sans tribune parlementaire ? Les prochaines élections communales et législatives n’auront lieu qu’en 2033, soit dans sept ans.

Sur le plan financier : La gestion d’une structure politique nécessite des ressources importantes. Sans élus, le parti ne bénéficie ni des indemnités parlementaires ni des moyens institutionnels qui permettent habituellement de financer les activités politiques et de maintenir une présence sur le terrain.

Sur le plan militant : L’hémorragie des militants est déjà perceptible. En août 2025, des tensions avaient éclaté avec l’UPR autour d’accusations de débauchage de militants, révélant la fragilité de la base militante de Moele-Bénin. L’UPR de Glazoué avait d’ailleurs publiquement invité Jacques Ayadji à rejoindre leurs rangs pour « préserver la cohésion de la mouvance présidentielle », estimant que son parti n’avait pas les moyens d’atteindre les seuils électoraux.

La fusion : une alternative non explorée

Jacques Ayadji disposait pourtant d’une option stratégique similaire à celle choisie par Claudine Prudencio. En fusionnant avec l’UPR ou le BR avant les élections, il aurait pu négocier des positionnements favorables sur les listes pour lui-même et pour ses principaux cadres. Cette fusion aurait pu garantir :

  • Des sièges à l’Assemblée nationale, avec la possibilité pour lui et ses lieutenants d’être députés
  • Des positions sur les listes municipales pour obtenir des élus locaux
  • Un maintien de son influence politique au sein d’une structure plus puissante
  • Une reconnaissance de son apport politique avec potentiellement des responsabilités au sein du parti fusionné

L’exemple de Claudine Prudencio démontre que cette stratégie de fusion est viable et payante. Malgré la dissolution de son parti, elle conserve son statut de députée et continue d’exercer une influence politique réelle. Elle a fait le choix du pragmatisme plutôt que celui de l’indépendance à tout prix.

Un isolement politique dangereux

Aujourd’hui, Jacques Ayadji se retrouve isolé. Certes, il conserve son poste de ministre conseiller aux Infrastructures dans le gouvernement de Patrice Talon, mais son parti politique est en situation de grande faiblesse. Sans aucun élu, Moele-Bénin risque de devenir une coquille vide, incapable de participer aux prochaines échéances électorales dans des conditions compétitives.

Sept Années dans le désert

La question centrale reste donc posée : Jacques Ayadji a-t-il fait le bon choix en maintenant l’indépendance de son parti ? Avec le recul, la stratégie de Claudine Prudencio apparaît comme une leçon de réalisme politique. En acceptant la fusion, elle a préservé l’essentiel : une voix au Parlement, une capacité d’influence, et un avenir politique pour elle et ses militants.

Pour Moele-Bénin, les sept prochaines années s’annoncent comme une traversée du désert. Sans représentation électorale, le parti devra se réinventer, trouver d’autres moyens d’exister politiquement, et surtout empêcher l’hémorragie des militants qui seront tentés de rejoindre des formations plus puissantes. La gestion d’un parti politique sans élus pendant une période aussi longue relève du défi quasi insurmontable.

Un bilan à méditer

Le contraste entre les trajectoires de Claudine Prudencio et de Jacques Ayadji pose une question fondamentale sur la nature même de l’engagement politique : faut-il privilégier la pureté idéologique et l’indépendance absolue, au risque de l’isolement et de l’inefficacité ? Ou est-il préférable d’adopter une approche pragmatique, quitte à sacrifier l’autonomie de son parti pour garantir une influence réelle ?

Dans le contexte politique béninois actuel, avec un code électoral particulièrement restrictif et une mouvance présidentielle dominante, la réponse semble pencher en faveur du pragmatisme. Claudine Prudencio a choisi la survie politique par la fusion ; Jacques Ayadji a opté pour l’indépendance et se retrouve aujourd’hui sans aucun élu.

L’histoire politique retiendra peut-être que 2026 fut l’année où certains leaders ont su adapter leur stratégie aux réalités du terrain, tandis que d’autres, par attachement à leur indépendance, ont manqué l’opportunité de peser réellement sur les décisions du pays. Pour Jacques Ayadji et Moele-Bénin, le verdict est tombé : zéro député, zéro conseiller, et sept longues années pour reconstruire… s’il en reste quelque chose à reconstruire.

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