Le coup de force américain au Venezuela : pourquoi l’AES vit dans une dangereuse illusion géopolitique

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L’annonce récente concernant l’exfiltration du président vénézuélien vers les États-Unis pour y être jugé pour narco-terrorisme constitue un rappel sans ambiguïté de la manière dont fonctionne réellement le système international. Cette opération, menée malgré les liens stratégiques entre Caracas et Moscou, démontre une vérité dérangeante : dans l’arène géopolitique, la puissance effective prime sur les déclarations d’intention et les solidarités affichées.

Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, réaffirme une doctrine interventionniste assumée. Contrairement à la diplomatie européenne, souvent perçue comme hésitante, l’approche américaine reste frontale : les intérêts nationaux justifient l’action, avec ou sans consensus international. Cette posture contraste violemment avec les discours idéologiques qui dominent actuellement certaines régions d’Afrique, notamment au sein de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger).

L’illusion de la souveraineté rhétorique

Dans ces pays, une rhétorique anti-occidentale virulente a pris racine, portée par des leaders populistes qui promettent une rupture définitive avec l’ancienne puissance coloniale. Sur les réseaux sociaux et dans les médias d’État, le discours de la libération résonne avec force. Pourtant, derrière cette façade, la réalité géopolitique révèle une trajectoire inquiétante : isolement diplomatique croissant, déclin économique, insécurité persistante et, paradoxalement, dépendance accrue envers de nouveaux acteurs externes.

La substitution d’une tutelle par une autre ne constitue pas une émancipation. Lorsque la France recule, d’autres puissances avancent leurs pions, souvent avec moins de scrupules et de transparence. La Russie, par exemple, utilise ces partenariats comme leviers dans son bras de fer global avec l’Occident, sans nécessairement servir les intérêts à long terme des populations locales.

L’erreur du symbolisme sans stratégie

La géopolitique ne se gagne pas à coups de slogans ou de drapeaux brûlés. Elle exige une vision claire, des investissements massifs dans l’éducation, les infrastructures et l’innovation, ainsi qu’une diplomatie pragmatique capable de naviguer entre les blocs rivaux pour en extraire le maximum d’avantages.

L’exemple chinois reste édifiant à cet égard. En quelques décennies, la Chine est passée du statut de nation pauvre et isolée à celui de superpuissance économique et technologique. Cette transformation ne s’est pas construite sur la victimisation ou le ressentiment historique, mais sur une planification rigoureuse, une discipline collective et une capacité à jouer habilement sur tous les tableaux diplomatiques.

La faiblesse européenne, catalyseur d’illusions

La diplomatie européenne, notamment sous la présidence d’Emmanuel Macron, a parfois donné l’impression d’une puissance en déclin, incapable de défendre ses positions avec fermeté. Cette perception a alimenté le sentiment, dans certaines capitales africaines, qu’un basculement d’alliance suffirait à renverser l’ordre établi.

Trump rappelle une autre réalité : les États-Unis, malgré leurs contradictions internes, demeurent la première puissance militaire mondiale et n’hésitent pas à projeter leur force lorsque leurs intérêts fondamentaux sont menacés. Cette asymétrie de puissance ne disparaît pas par décret ou par changement d’alliance.

Construire une souveraineté réelle

La véritable indépendance ne se décrète pas, elle se construit. Pour les nations africaines aspirant à une autonomie stratégique authentique, plusieurs impératifs s’imposent : investir massivement dans l’éducation pour former des élites compétentes, développer des économies diversifiées et compétitives, établir des institutions solides et transparentes, et maintenir une diplomatie équilibrée refusant toute vassalisation.

Le rapport de force mondial reste impitoyable. Les grandes puissances continuent de se partager les zones d’influence, comme le chantait Tiken Jah Fakoly. Face à cette réalité, le choix n’est pas entre aimer ou détester l’Occident, mais entre subir l’histoire ou la façonner par une action stratégique cohérente.

Le temps de la réflexion lucide et de l’action pragmatique est compté. Les peuples africains méritent mieux que des discours enflammés qui masquent l’absence de projet concret. La souveraineté véritable exige du courage, de la discipline et une vision à long terme. Le débat reste ouvert, mais l’urgence d’agir se fait chaque jour plus pressante.

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